Humoresques

Humour créativité et création lexicale

Pour les anglicistes, la revue électronique Lexis - revue de lexicologie anglaise mettra en ligne en 2021 son numéro 17, co-dirigé par Frédérique Brisset (Université de Lille) et Lucile Bordet (Université de Lyon (Jean Moulin Lyon 3)). Celui-ci sera consacré au thème « Humour, créativité et création lexicale ».

 

Humour, créativité et création lexicale

L’une des caractéristiques récurrentes dans les tentatives de définition de l’humour est la difficulté à en cerner les contours, ce qui conduit souvent les chercheurs à le définir par défaut. On le saisira ici dans son acception large, en incluant par exemple le comique, l’ironie, la satire, la parodie, le sarcasme, sans exhaustivité (voir bibliographie). Dans le cadre de ce numéro, nous souhaitons en effet l’aborder par le biais de la création lexicale, outil au service du rire. En effet, l’humoriste se plaît au jeu de mots, mais aussi au jeu sur les mots, demandeurs d’une capacité de création lexicale, consciente ou inconsciente, Freud s’en est fait l’écho dans son célèbre essai. Dans la première catégorie, on retrouvera toutes les figures et tropes qui manipulent lexèmes et syntagmes à différents niveaux, évocateurs d’un sous-texte convoqué in absentia ou in praesentia, et parfois même par défaut (cas des spoonérismes et des pataques) ou par mégarde, comme pour le lapsus.

 

Comment ces effets sont-ils construits lexicalement ? Les procédés de dérivation, de composition, d’inversion de phonèmes ou de lettres, les néologismes paronymiques, pour n’en citer que quelques-uns, bien que révélateurs d’une grande créativité de leurs énonciateurs, obéissent à des règles lexicales et morphologiques, sans le respect desquelles leur fonctionnement, et par voie de conséquence leur effet, serait sans doute incompréhensible de leurs destinataires.

 

De ce fait, un autre volet où s’applique avec humour la créativité lexicale est celui du vocabulaire argotique : ces jargons plus ou moins cryptiques sont parfois basés sur des règles de création fort contraignantes (on pense en français au verlan, javanais, louchébem, ou en anglais au rhyming slang), mais peuvent aussi jouer sur la métonymie, l’emprunt, la troncation ou la siglaison... Dans le domaine de la fiction, ces procédés ont parfois même pour origine une volonté de caractérisation des personnages, dont les « parlers » humoristiques deviennent alors un trait reconnaissable, et imitable (voir les nombreuses analyses du Slayer Slang dans Buffy the Vampire Slayer, par exemple, ou celles de l’argot des personnages de romans de la Série Noire).

 

C’est par le biais de cette double approche, sans être exclusive pour autant, que ce numéro de Lexis abordera humour et créativité lexicale.

 

Les contributions abordant, entre autres, les thématiques suivantes dans la construction de l’humour via des procédés de création lexicale seront les bienvenues :

 

Parmi les procédés de création lexicale, certains sont-ils privilégiés pour véhiculer l’humour ? Comment l’humour est-il véhiculé dans la mesure où tout acte de création lexicale n’est pas vecteur d’humour ?

 

Règles de création lexicale, place de la créativité dans l’acte de création lexicale ;

 

Jeux de mots, spoonerisms, rhyming slang, tongue twisters, etc. ;

 

Les créations lexicales peuvent-elles se lexicaliser et entrer dans la langue au même titre que d’autres créations lexicales non humoristiques. Si oui, par quelles modalités ? ;

 

L’humour et les noms propres, notamment la création / créativité des surnoms ;

 

Les procédés d’intensification comme vecteurs d’humour ;

 

La création / créativité lexicale et les injures ou insultes ;

 

Approches contrastives anglais / français (ou autre langue), notamment lors de l’activité de traduction nécessitant créativité / création lexicale ;

 

Les différents domaines susceptibles d’avoir recours à la création lexicale humoristique (littérature, noms propres, médecine et santé, journalisme, musique, politique, philosophie, religion, rhétorique, etc. (voir Nilsen & Nilsen [2019])).

 

Les analyses pourront s’appuyer sur les apports de la sémantique, la phonologie, la lexicographie, la morphologie, la stylistique, etc. Toutes les approches théoriques seront recevables.

 

Domaines d’étude : littérature, conversation, publicité, rap (et plus largement musique), sketches, spectacles comiques, théâtre, littérature, cinéma, séries télévisées, presse, bande dessinée, etc.

 

Modalités de soumission
Votre fichier devra comporter un abstract ne dépassant pas 5.000 caractères, une liste de mots-clés, des références bibliographiques, ainsi que le titre de votre contribution.
Toutes les soumissions feront l’objet d’une double évaluation à l’aveugle par un comité scientifique international composé de spécialistes dans différents domaines.

 

Les contributions seront de préférence rédigées en anglais ou éventuellement en français.
Les soumissions pourront être rejetées, acceptées sous réserve de modification, ou acceptées telles quelles. Le nombre de pages n’est pas limité.

 

Les abstracts et les articles sont à envoyer en version électronique à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Calendrier
• Octobre 2019 : appel à contributions

 

• 1er mai 2020 : abstracts à envoyer à Lexis

 

• Juin 2020 : avis aux auteurs

 

• 1er octobre 2020 : réception des articles (Consignes pour la rédaction des articles : https://journals.openedition.org/lexis/1026)

 

Octobre et novembre 2020 : relecture des articles par les membres du Comité scientifique

 

• Décembre 2020 : corrections par les auteurs

 

• 1er janvier 2021 : réception de la version définitive des articles

 

Bibliographie
Aarons Debra, 2012, Jokes and the Linguistic Mind, New York / Abingdon, Routledge.

 

Antoine Fabrice, 1999, « Verlan français, backslang anglais, etc. », Cahiers de lexicologie, n°74-1, Paris, Garnier, 171-183.

 

Antoine Fabrice, 2014, « Argots, métaphore et « effet de loupe » », Lexis, n°8. http://journals.openedition.org/lexis/311

 

Arcand Richard, 2017, Jeux de mots et création verbale. Fonctionnements et illustrations, Paris, Armand Colin.

 

Attardo Salvatore, 1993, Linguistic Theories of Humor, New York, Mouton De Gruyter.

 

Attardo Salvatore, 2014, Encyclopedia of Humor Studies, Thousand Oaks, Sage Publication.

 

Baudelaire Charles, 1855, « De l’essence du rire », in Curiosités esthétiques, Paris, Conard, 1923, 359-387 : https://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99essence_du_rire

 

Benayoun Robert, 1984, Les dingues du nonsense, de Lewis Carroll à Woody Allen, Paris, Balland.

 

Bergson Henri, 1940, Le rire, essai sur la signification du comique, Paris, PUF.

 

Brisset Frédérique et al. (eds.), 2019, Du jeu dans la langue, traduire le jeu de mots, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion.

 

Chiaro Delia, 1992, The Language of Jokes, Analysing Verbal Play, London / New York, Routledge.

 

Dupriez Bernard, 1984, Gradus, les procédés littéraires, Paris, 10/18.

 

Freud Sigmund, 1940, Le mot d’esprit et son rapport avec l’inconscient, Paris, PUF.

 

Henry Jacqueline, 2003, La traduction des jeux de mots, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle.

 

Jankélévitch Vladimir, 1964, L’ironie, Paris, Flammarion.

 

Jeannerod Dominique, 2014, « Cockney, pseudo-slang et argot de série noire », Argotica 1, n°3, 129-150 : https://pure.qub.ac.uk/.../8b_Jeannerod_Cockney_pseudo_slang_et_argot_de_serie_noire.pdf

 

Jobert Manuel, 2009, « Graphie, phonie et encodage dialectal : le Cockney de Somerset Maugham dans Liza of Lambeth », Lexis, HS n°1 : http://journals.openedition.org/lexis/905

 

Ladjadj Hélène & De Pizzol Vanessa (eds.), 2015, Intraduisible ? Vous voulez rire !, Traduire, n°232 : https://journals.openedition.org/traduire/684

 

Le Breton Albert, 1997, Argotez, argotez, dictionnaire réactualisé, Paris, Vertiges-Carrère.

 

Leca-Mercier Florence & Paillet Anne-Marie (eds.), 2018, Le sens de l’humour, style, genres, contextes, Paris, L’Harmattan.

 

Morice Philippe, 2012, « ‘Commerce de singe’ et Signifying Monkey », in Paquet-Deyris A.-M. & Sipière D. (eds.), Le cinéma parle ! Études sur le verbe et la voix dans le cinéma anglophone, Ciclaho, n°6, 309-325.

 

Munat Judith, 2007, “Lexical creativity as a marker of style in science fiction and children literature”, in Munat Judith (ed.), Lexical Creativity, Texts and Contexts, Amsterdam / Philadelphia, John Benjamins, 163-188.

 

Nilsen Alleen Pace & Nilsen Don L. F., 2019, The Language of Humor. An Introduction, Cambridge, Cambridge University Press.

 

Noonan Will (ed.), 2015, Humour : les mots et les choses, Humoresques n°41.

 

Normand Philippe, 2014, Langue de keufs sauce piquante, Paris, Cherche midi.

 

Ornstein-Galicia Jacob L., 1989, “Linguistic patterns and devices in American Jewish humorous discourse”, Meta, n°34, 1, 125-127: https://www.erudit.org/fr/revues/meta/1989-v34-n1-meta323

 

Raynaud Jean, 1977, « Des mécanismes du jeu de mots », Revue Française d’Études Américaines, n°4, 21-30.

 

 Humor, creativity and lexical creation

One of the main problems when defining humor lies in the difficulty in drawing its limits, which explains why many researchers define it by default. It will be apprehended here in its wider acception, including for instance comic, irony, satire, parody, sarcasm, to name but a few (see bibliography). For the purpose of the present issue, we expect it be treated via the paradigm of lexical creation meant as a tool to provoke laughter. Indeed, humorists enjoy playing on words, but also playing with words, which implies a taste for lexical creativity, whether willingly or not, as stated by Freud in his famous essay. The former class of wordplay encompasses all figures and tropes devised to manipulate lexemes and syntagms, as reminders of a subtext operating in absentia or in praesentia, sometimes even involuntarily (e.g. spoonerisms or liaison errors), or accidentally (e.g. lapsus linguae).

How are such effects achieved with the lexicon? Derivation, or compounding and blending mechanisms, phoneme or letter inversion processes, paronymic neologisms and so many other lexicogenic operations show the great creativity of their producers, but they also obey lexical and morphological rules: without following these rules, they wouldn’t work, be efficient and / or understood by their addressees.

Consequently, slang is another field where lexical creativity can give rise to humor: such cryptic jargons are sometimes based on very rigid constraints (see verlan, ‘javanese’ and louchebem cants in French, or rhyming slang in English); they may also play on metonymy, borrowing, truncation or acronym, and so on. In the field of fiction, such processes can even be chosen to characterise protagonists, whose humorous speeches thus become a recognisable trait, prone to imitation (as shown in the many analyses of the Slayer Slang in Buffy the Vampire Slayer, for instance, or in those dealing with the argot spoken by the characters of the Série Noire novels).

It is via this two-fold approach that humor, creativity and lexical creations will be dealt with in the 17th issue of Lexis. Other approaches will also be considered.

We welcome contributions dealing with the following themes involved in the construction of humor through the use of various word-formation processes:

Are some word-formation processes preferred channels of humor? How is humor conveyed knowing that all lexical creations do not always convey humor?;
The rules underlying lexical creation, the part played by creativity in lexical creation;
Puns, plays on words, spoonerisms, rhyming slang, tongue twisters, etc.;
Can humorous lexical creation lexicalise and become part of language like other non-humorous lexical creations? If so, under which circumstances / according to which criteria?;
Humor and surnames, notably the creativity at work in the creation of nicknames;
Intensifying devices as vehicles of humor;
Lexical creation / creativity and insults / verbal abuse;
Contrastive approaches (English & French – or another language), in particular in translations requiring creativity / lexical creation;
The different semantic domains likely to resort to humorous lexical creation (literature, surnames, medicine & health, journalism, music, politics, philosophy, religion, rhetoric, etc. (see Nilsen & Nilsen [2019]).
Other issues may also be addressed and all propositions will be examined. Analyses may rely on various domains of linguistics, such as semantics, phonology, lexicography, morphology, stylistics, etc. All theoretical frameworks are welcome.

Possible corpora: literature, conversation, adverts, rap music (and more generally songs), theatre, stand-up comedy, skits, cinema, TV series, press, comics, etc.

More information : https://journals.openedition.org/lexis/3612

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