Humoresques

L'école de la maladresse

cole de la maladresse 300Pauline de Tholozany, L'école de la maladresse de J.-J. Rousseau à J.-J. Grandville. XVIIIe -XIXe siècle, Paris, Honoré Champion, 2017, 265p., 48€

mot-clé : J.-J. Grandville, J.-J. Rousseau, caricature

 

La maladresse appelle l'éducation dès la petite enfance, mais elle désigne aussi le statut social de celui qui n'est pas à l'aise dans les situations conventionnelles d'un monde social qui n'est pas le sien. L'ouvrage montre les stigmates d'une maladresse involontaire mais plus encore l'usage habile qui en peut être fait dans les oeuvres et en particulier chez Rousseau et Grandville. De la maladresse à la balourdise et à la caricature le passage est aisé. (15 illustrations )

 Présentation de l'éditeur :

 La maladresse est un concept capricieux : le mot désigne une qualité propre à un individu, mais il peut aussi s’employer comme synonyme du mot accident. Et, de fait, la maladresse oscille de façon indécidable entre l’intrinsèque et le fortuit, entre l’individualité et la contingence, entre le quotidien et ce qui, justement, s’en démarque. Comment a-t-on pensé la maladresse, et dans quels contextes ? Parcourant textes philosophiques et littéraires, ce livre se penche sur l’émergence tardive d’un concept – le mot « maladresse » ne devient vraiment usuel qu’au XVIIIe siècle – pour ensuite en retracer les ramifications sociales et conceptuelles.

Si au XVIIIe siècle le maladroit est ostracisé des cercles aristocrates, l’art d’étaler la tache devient au siècle suivant la marque de fabrique du dandy fashionable. La maladresse revendiquée d’un Rastignac lui garantit un succès social impensable sous l’Ancien Régime. Le roman d’apprentissage regorgera de jeunes maladroits : et les gaffes d’un Julien Sorel, du jeune Rastignac, ou du premier Lucien de Rubempré sont autant de preuves tacites de leur naïve innocence, comme si la gaucherie, gage de leur virginité sociale, était aussi la preuve d’une sincérité rare dans un monde contrefait – mais cette sincérité, étant involontaire, est toute questionnable… Il n’en était pas de même au siècle précédent, où le pauvre Jean-Jacques regretta longtemps le verre d’eau renversé sur Mademoiselle de Breil, gaffe qu’elle ne lui pardonna jamais, et qui enterrera durablement ses espoirs amoureux. Né un siècle trop tôt pour pouvoir incarner le poète maudit (l’albatros baudelairien est, lui aussi, « maladroit »), Jean-Jacques Rousseau a néanmoins pensé la maladresse dans toutes ses contradictions, décrivant la sienne avec force détails, la justifiant, rattrapant par l’écrit les dégâts causés par la parole maladroite.
Pauline de Tholozany a reçu un doctorat en Études francophones à Brown University en 2011. Elle enseigne dans le département de langues étrangères à Clemson University.

 

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